Besançon : Victor Hugo « l’Européen »

A l’occasion du 220ème anniversaire de la naissance à Besançon de Victor Hugo (26 février 1802), un colloque s’est tenu le 4 mars à la Maison des Sciences de l’Homme et l’Environnement à Besançon sur le thème "dramatiquement actuel" de l’avenir de l’Europe.

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Soutien au peuple ukrainien
Jean-François Chanet, conférencier du colloque « Victor Hugo l’Européen », Anne Vignot la Maire de Besançon et Michel Caillouët de l’Union des Fédéralistes européens ©YQ

Moment d’émotion devant la statue du poète et homme politique sur l’esplanade des Droits de l’Homme. Anne Vignot accueillait Yves Bertoncini Président du Mouvement Européen et Michel Caillouët ancien ambassadeur de l’Union Européenne et membre de l’Union des Fédéralistes Européens. Ils ont exprimé leurs craintes face à la crise ukrainienne et leur attachement à la construction européenne. « Plus que jamais, la sécurité et la paix doivent passer par une Europe forte et unie ». Anne Vignot ne pouvait mieux dire devant la statue de celui qui fut l’orateur d’un discours fondateur de la création européenne lors du congrès de la paix le 21 août 1849. Mais de quelle Europe s’agit-il !

« Un jour viendra… »

Jean-François Chanet, avant d’être Recteur de l’Académie de Besançon, fut longtemps professeur d’Histoire. En quatre étapes, il va brosser le portrait de l’auteur des « Contemplations » et de l’homme politique « qui exalta le génie de Napoléon 1er pour mieux rabaisser Napoléon III », connaîtra le désenchantement après la révolution de 1848 avant de réfléchir à un nouvel espace transatlantique.

Le texte de son discours du 21 août 1849 ainsi que celui du 24 février 1855 sont d’une étonnante actualité. Le génie littéraire, qui fut royaliste avant d’être républicain, était visionnaire sur l’avenir européen. Quelques extraits le démontrent clairement.

« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne… »

« Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées »…

« Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis d’Europe…se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies… Et Français, Anglais, Belges, Allemands, Russes, Slaves, Européens, Américains, qu’avons-nous à faire pour arriver le plus tôt possible à ce grand jour ? Nous aimer. »

Jean-François Chanet, l’historien, ne conteste pas une certaine arrogance française dont Victor Hugo fut l’apôtre. L’écrivain poursuivait son discours « Le continent serait un seul peuple…l’Italie appartiendrait à l’Italie, la Pologne appartiendrait à la Pologne…la France appartiendrait à l’Europe et l’Europe appartiendrait à l’Humanité…Semons la France et qu’elle soit l’humanité ». Plutôt que s’auto-flageller en permanence, « ce que certains appellent arrogance est aussi le génie millénaire français », a conclu Jean-François Chanet.

Visionnaire encore, Victor Hugo l’est le 24 février 1855 pour l’anniversaire de la Révolution de 1848. Hugo est alors en exil à Guernesey, proscrit de France par « Napoléon le petit ». Il envisage déjà une monnaie unique européenne « une monnaie continentale à double base métallique et fiduciaire, ayant pour point d’appui le capital Europe et pour moteur l’activité libre de 200 millions d’hommes ».

Plus de 170 ans après, les propos de l’auteur des Misérables est criant d’actualité. Bien entendu, c’est aujourd’hui une communauté de 750 millions d’habitants (450 millions dans l’Union Européenne des 27 et 300 millions dans le reste du continent (Russie et Grande Bretagne incluses). Bien entendu, la Chine, troisième larron, s’est invitée dans le concert des grandes puissances depuis le XIXème siècle.

« Rien de plus puissant qu’une idée dont le temps est venu ». Cette phrase attribuée à Victor Hugo était la bonne conclusion d’un colloque sur l’avenir de l’Europe dans ces moments troublés.

Yves Quemeneur