Qu’est-ce que l’ostéoporose et combien de personnes sont concernées en France chaque année ?
« D’après la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’ostéoporose est une maladie généralisée du squelette, à la fois sur l’aspect quantitatif de l’os, c’est-à-dire qu’il n’y a pas assez de calcium dans l’os, et sur l’aspect qualitatif de l’os, c’est-à-dire que l’architecture de l’os est mal faite. C’est une maladie responsable d’une augmentation du risque de faire une fracture, mais à faible énergie cinétique, c’est-à-dire qu’une simple chute de sa hauteur par exemple, qui en temps normal ne casserait pas l’os, et bien là, donnerait une fracture.
On a plein de chiffres au niveau mondial, européen, nationaux. On dit qu’au niveau du monde, il y a une fracture ostéoporotique toutes les trois secondes. C’est énorme ! Globalement, il y a presque une femme sur deux qui fera une fracture ostéoporotique après cinquante ans. Et puis, il y a globalement une femme sur quatre qui sera atteinte d’ostéoporose. Il peut y avoir aussi de l’ostéoporose chez les hommes (un homme sur cinq). C’est plus rare, mais ça arrive.»
Comment s’en prémunir ? Des traitements existent-ils ?
« Oui, il y a des traitements et des médicaments pour l’ostéoporose. Avant cela, il faudrait dépister l’ostéoporose pour la prendre mieux en charge. Deux possibilités. Soit on est dans de la prévention secondaire, c’est-à-dire après la fracture. Quand le patient fait une fracture, on peut lui faire une ostéodensitométrie et l’envoyer en rhumatologie pour mettre en place des traitements.
Le mieux serait de faire de la prévention primaire, c’est-à-dire avant la fracture, de savoir s’il y a de l’ostéoporose. Il existe un examen qui s’appelle une ostéodensitométrie. Tous les médecins peuvent en prescrire une. Cet examen prend quelques minutes. Il est très peu irradiant et très peu cher. Pour autant, ça nous donne beaucoup d’informations sur la quantité de calcium dans l’os. Si la densité minérale osseuse est abaissée, le risque de fracture est augmenté.
Il y a plein de traitements qui sont disponibles contre l’ostéoporose. Déjà, il y a les traitements non médicamenteux, c’est-à-dire l’alimentation. Il faut une alimentation riche en calcium et en vitamines D. Ce sont des éléments qui vont améliorer la santé osseuse. L’activité physique est également quelque chose que peuvent faire les patients pour améliorer leur santé osseuse. Et à l’inverse, ce qui va dégrader la santé osseuse, ce sont l’alcool et le tabac. Et pour les médicaments, on en a cinq pour l’ostéoporose, dont les bisphosphonates. »
En tant que patient, si demain j’ai un doute. Est-ce qu’il est nécessaire d’aller directement voir son rhumatologue ou il faut déjà en parler à son médecin généraliste ?
« Je pense que l’ostéoporose doit en première ligne être prise en charge par les médecins généralistes. Pour autant, il y a une carence de médecins généralistes, mais il y a encore moins de médecins spécialistes. Donc malheureusement, tous les rhumatologues ne suffiront pas pour éliminer l’ostéoporose de tous les Français. C’est déjà une maladie qui doit être prise en charge par les généralistes, parce que les examens et les traitements peuvent être prescrits par les généralistes. Et en cas de difficulté pour le généraliste, il peut nous solliciter en rhumatologie dans les cas complexes. »
Lors d’une soutenance de thèse, vous proposiez une comparaison avec le diabète. Selon vous, pourquoi les patients et les médecins généralistes sont souvent plus informés sur le diabète que sur l’ostéoporose ?
« C’est une très bonne question. En France, on est plus dans le curatif que dans le préventif. Il n’y a pas beaucoup de médecins généralistes et il y a aussi beaucoup de patients. Les médecins ont peu de temps pour s’occuper des patients. Ils vont donc hiérarchiser, classer un petit peu leur degré de priorité. Et globalement, dans le degré de priorisation, l’ostéoporose n’en fait pas partie. Ce que les généralistes n’ont pas forcément en tête, c’est que l’ostéoporose est une maladie grave. On peut mourir après une fracture. Globalement, après une fracture du col du fémur, il y a 20-25% de mortalité dans l’année chez les patients…
Pourquoi n’existe-t-il pas plus de prévention sur l’ostéoporose à l’échelle nationale ?
« Il y a vingt ans, il y a eu des recommandations pour le remboursement de l’ostéodensitométrie. Freiner le remboursement ne va pas aider à la réalisation de cet examen. Le gouvernement a essayé de remettre l’ostéoporose comme priorité nationale sur le plan Ma Santé 2022, qui a été rédigé en 2018. Sauf que la pandémie de COVID-19 est arrivée en 2020 et a tout chamboulé. L’International Osteoporosis Foundation essaie de promouvoir la mise en place de « filières fractures » pour que les patients présentant une fracture soient dépistés et orientés vers un rhumatologue ou un gériatre directement après leur passage aux Urgences.




























