Invité de la semaine. Cyril Thomas, un enseignant-chercheur et magicien, remporte un prestigieux prix

A 39 ans, Cyril Thomas vient de remporter le prix Théodule Ribot. Une récompense scientifique valorisant la qualité de ses recherches liant psychologie et magie et une belle reconnaissance pour ce magicien bisontin, enseignant-chercheur à l'Université Marie et Louis Pasteur de Besançon.

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Comment vous est venue l’idée de lier la psychologie et la magie ?

J’ai commencé la psychologie en même temps que la magie, sur les bancs de la fac. J’ai très vite remarqué qu’il y avait des liens. Le détournement de l’attention, par exemple, est un phénomène psychologique que l’on applique en magie. Pendant mon master, j’ai décidé de réaliser ma thèse sur la psychologie de la prestidigitation. Il s’agit de mettre en lien les techniques des magiciens avec la psychologie pour savoir comment les magiciens arrivent à manipuler notre esprit. La magie peut être un outil original pour le comprendre.

En quoi consistent vos recherches ?

Les magiciens sont des experts dans l’art de manipuler l’esprit humain. Ils savent que s’ils réalisent un geste précis, l’attention de la personne sera automatiquement détournée. En revanche, nous ne savons pas toujours sur quels mécanismes cognitifs repose cette manipulation. C’est un peu comme conduire une voiture : je sais la conduire, mais cela ne signifie pas que je comprends le fonctionnement du moteur. En tant que chercheur, mon objectif est justement de « mettre les mains dans le moteur » pour comprendre les mécanismes cognitifs à l’œuvre.

Qu’avez-vous réussi à démontrer grâce au lien entre la psychologie et la magie ?

Pour étayer ces recherches, nous avons mené plusieurs expériences auprès de personnes confrontées à des tours de magie. Nous avons notamment comparé deux groupes en ne modifiant qu’une seule variable afin d’observer les répercussions de ce changement sur leur comportement. Concrètement, pour le premier groupe, nous réalisons un tour durant lequel nous faisons semblant de lancer une pièce en l’air, alors qu’elle reste en réalité dans la main du magicien. Résultat : une personne sur trois affirme avoir vu la pièce s’élever. Pourquoi ? Parce que nous nous attendons tellement à voir la pièce monter que notre cerveau peut créer lui-même cette illusion. Avec le second groupe, nous avons cherché à renforcer cette attente. Le tour est exactement le même, mais nous ajoutons simplement le bruit d’une pièce lancée. Cette fois, deux personnes sur trois déclarent avoir vu la pièce s’élever. Cette expérience montre comment nos sens interagissent entre eux. J’ai entendu le bruit d’une pièce, je n’ai pas clairement vu ce qu’il s’est passé, je m’attends à ce que la pièce monte : mon cerveau privilégie alors les informations fournies par l’ouïe et construit une perception erronée de la scène. C’est l’un des biais cognitifs qui relient la magie et la psychologie et sur lequel nous avons travaillé.

Il y a quelques jours, vous avez remporté le Prix Théodule Ribot pour vos recherches. Quelle a été votre réaction ?

C’est une très belle reconnaissance. Le Prix Théodule Ribot est une distinction nationale remise chaque année à un chercheur en psychologie. C’est une récompense qui vise plutôt les jeunes chercheurs dont les travaux ont contribué à la compréhension de l’esprit humain. Le prix sera officiellement remis en octobre à l’Institut de France de Paris et depuis sa création, il n’a été remis que deux fois a des enseignants-chercheurs. L’obtenir tout en menant de front des activités de recherche et d’enseignement est particulièrement valorisant.

Vos recherches en psychologie ont-elles eu un impact sur votre pratique de la magie ?

Aujourd’hui, dans la magie que je pratique, je fonctionne davantage à l’économie. À mes débuts, j’avais l’impression qu’il fallait multiplier les effets pour réussir un tour. Grâce aux expériences que nous avons menées, je me suis rendu compte qu’un simple détail pouvait suffire à bluffer les spectateurs. Cela m’a aussi rendu plus humble : l’être humain se laisse tromper bien plus facilement qu’on ne l’imagine, même en tant que magicien.

Quelles sont vos prochaines recherches ?

L’un des sujets qui nous intéresse particulièrement en ce moment est la magie destinée aux personnes non voyantes. La magie est généralement très visuelle. Nous aimerions développer une magie purement auditive, qui s’appuie sur l’un des sens les plus sollicités chez les personnes non voyantes. L’objectif est également de rendre la magie plus inclusive.