Après la polémique autour de l’effacement de la fresque réalisée par Nacle, les choix de la nouvelle majorité municipale dans le domaine culturel suscitent de nouvelles critiques. Dernier sujet de discorde : le changement de nom d’une exposition consacrée aux liens entre l’art et l’anarchie. Initialement intitulée « Ni Dieu ni Maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy », elle sera finalement présentée à Besançon sous le nom de « L’Art en liberté ». Une décision qui suscite de vives réactions au sein de l’opposition municipale. Fruit d’une collaboration entre la Ville de Roubaix et le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, l’exposition est actuellement présentée au musée d’art et d’industrie La Piscine, à Roubaix. Elle doit rejoindre Besançon en février 2027.
« L’accessibilité à la culture ne doit pas devenir un prétexte pour neutraliser l’art »
D’abord engagé sur les réseaux sociaux, le débat s’est rapidement invité au conseil municipal, lors de la séance du jeudi 15 octobre. « Changer le titre d’une exposition parce qu’il serait trop politique, trop clivant ou insuffisamment rassembleur soulève une question essentielle : faut-il désormais rendre l’histoire plus lisse pour qu’elle soit acceptable par votre majorité ? », a lancé Abdel Ghezali, élu municipal du Parti Socialiste (PS). Il a ensuite dénoncé les motivations avancées par la municipalité tenant notamment à rendre plus accessible l’art : « L’accessibilité à la culture ne doit pas devenir un prétexte pour neutraliser l’art ».
Les échanges se sont ensuite envenimés lorsqu’Hélène Magnin-Feysot, élue de La France Insoumise (LFI), a pris la parole : « L’art est très souvent politique. La politique, ce n’est pas un gros mot. Et ce n’est pas parce que votre manière de faire de la politique est sale que vous devez priver les autres d’en faire avec force et avec conviction. » Ces propos ont immédiatement provoqué une suspension de séance. « Je demande des excuses politiques sur vos propos. C’est une insulte que vous venez de proférer à la majorité », a immédiatement réagi Ludovic Fagaut.
Un affrontement verbal illustrant les tensions grandissantes qui traversent l’assemblée municipale depuis le début du mandat. Le maire a également indiqué, en conférence de presse, son intention d’aller plus loin dans les suites données à cet incident. « On a le droit d’être en désaccord. Mais dénigrer et insulter, ce n’est pas acceptable », a-t-il déclaré.
Un changement de titre assumé par la majorité
Si le titre initial, « Ni Dieu ni Maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy », a été remplacé par « L’Art en liberté » à l’initiative de la nouvelle municipalité bisontine, ce choix politique est motivé, selon la municipalité, par les modalités du partenariat entre les deux villes. « Aujourd’hui, il y a une convention dans laquelle chaque partie prenante avait le droit de choisir son propre titre. La culture doit rassembler. Elle ne doit pas être un sujet de division », a expliqué le maire, qui assure que le contenu de l’exposition n’a pas été modifié.
L’adjointe à la Culture, Anne-Rachel Schertz, avance quant à elle un argument économique. « Nous avons modifié le titre de cette exposition uniquement pour attirer un maximum de monde et de public. Nous sommes dans une époque où il est compliqué d’attirer les gens dans les musées. Or, l’exposition a un coût de 372 000 euros. Le but est de faire des recettes avec la billetterie », a-t-elle justifié. L’élue estime ainsi que ce changement permettra de toucher un public plus large et de contribuer à amortir le coût de l’exposition. Elle rappelle également que la durée de présentation à Besançon a été prolongée d’une semaine. « Si on avait voulu faire de la censure, on ne l’aurait pas prolongée », a-t-elle avancé. Une défense soutenue par Frédérique Thomas-Maurin, conseillère municipale déléguée aux Musées et ancienne directrice du musée Courbet à Ornans. Elle s’est dite « consternée devant cette folie. Je n’arrive pas à comprendre ce déchaînement autour de cette exposition. Nous accuser de vouloir dépolitiser un sujet comme celui-là est absurde », a-t-elle ajouté.
L’exposition doit rejoindre Besançon en février 2027 et mettre en lumière plusieurs figures du Doubs, comme Gustave Courbet ou Pierre-Joseph Proudhon.




























