Edito. Place au troisième tour

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Dans une France politiquement fragmentée, l’atmosphère des deux dernières semaines fut partagée en deux camps. Les « lassés » et les convaincus. Ces derniers, minoritaires si l’on regarde le taux d’abstention conséquent lors des deux tours, ont réussi à conserver une idée déjà établie en 2017 : celle d’une décennie Macron pour réellement réformer et changer la France. Si changement il doit y avoir, il faudra rapidement le faire durant les cinq prochaines années. Car le premier mandat du candidat En Marche a grandement aggravé la déconnexion entre une majorité de français et leurs dirigeants politiques.

Tirer un bilan en quelques mots pour résumer une période jonchée de crises et de défis capitaux serait hypocrite. C’est peut-être d’ailleurs ce qui a permis aux nombreux autres français, « les lassés », de voter, parfois en se bouchant le nez, pour Emmanuel Macron au second tour. Cette victoire avec 58,5% des suffrages et un barrage républicain fébrile, met surtout en lumière le score historique de Marine le Pen et du Rassemblement National. Depuis la surprise du père en 2002, l’extrême-droite a gagné 8 millions de voix en 20 ans. A l’image des régions d’Outre-mer où le vote est passé de Mélenchon à Le Pen entre les deux tours, « les lassés » sont souvent, d’abord, les laissés-pour-compte d’un monde politique autocentré sur ses intérêts personnels (voir dossier de la semaine).

Les élections législatives permettront peut-être de réaliser à quel point nous sommes passés près de voir l’extrême-droite diriger l’État. Certains attendaient, d’autres espéraient quand les abstentionnistes n’en n’avaient plus rien à faire. Depuis le 10 avril, une grande partie des électeurs regardent vers le mois de juin pour cette fois-ci faire barrage…au Président. Dimanche 24 avril, Emmanuel Macron est devenu le premier de la Ve République à être réélu au suffrage universel, hors cohabitation. Une statistique tirée par les cheveux pour lancer le premier des chantiers LREM : une majorité parlementaire à l’Assemblée nationale.

Martin SAUSSARD