Longtemps rejetée par de nombreux élus communautaires, l’idée d’une politisation assumée de Grand Besançon Métropole semble aujourd’hui s’affirmer davantage. Cette dernière délibération en est l’une des illustrations. Depuis le précédent mandat, les élus titulaires d’une délégation sont épaulés par un service dédié, baptisé « Relations élus », chargé de leur apporter un appui administratif et technique. Installé depuis quelques mois, le nouvel exécutif a fait un choix hautement symbolique lors du dernier conseil communautaire : remplacer ce service par un « Cabinet », une appellation qui, pour plusieurs conseillers communautaires, revêt une portée éminemment politique. Ce nouvel organe serait composé de 5,5 ETP (Equivalents temps plein) pour un cout total de 446 000 euros par an.
Un soutien technique unanimement reconnu
« Nous, élus porteurs d’une délégation, nous avons besoin d’être accompagnés par des personnes compétentes pour être plus efficaces, pour nous fournir des notes et des éléments de langage afin de mieux représenter Grand Besançon Métropole (GBM)« , a soutenu Catherine Barthelet, première vice-présidente de l’agglomération. Un avis partagé par l’ensemble des élus. Ludovic Fagaut, président de Grand Besançon Métropole a d’ailleurs défendu cet aspect technique : « aujourd’hui, au sein de l’exécutif, la méthode a changé. Avec la mise en place de ce Cabinet ressource, on sera encore plus dans le technique. »
Un intermédiaire supplémentaire entre élus et services
Les divergences se sont en revanche cristallisées sur la forme retenue par le nouvel exécutif. « Il est surprenant de créer un cabinet politique au sein de GBM là où jusqu’à maintenant il était refusé car introduisant une dimension politique. » s’est étonné Anthony Poulin, élu écologiste de l’opposition bisontine. Même interrogation pour Anne Vignot : « Les mots ont un sens et un cadre juridique. C’est un organe politique. » Pour les élus les plus réservés, cette dénomination marque une rupture avec l’image d’une intercommunalité avant tout fondée sur la coopération entre les communes et la recherche du bien commun, au-delà des appartenances partisanes.
Le nouvel exécutif, à commencer par Patrick Ayache maire de Pirey et vice-président en charge du tourisme, a semblé agacer par la tournure du débat avant de trancher. « Il faut arrêter de penser que cette assemblée n’est pas politique. Les choix effectués dans les secteurs pour flécher les candidats pour le bureau ne sont pas faits selon la bonne mine des uns et des autres. Il s’agit d’un sujet éminemment politique. » Une sortie qui a eu le mérite de dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.
Au-delà de cette dimension symbolique que revêt la création d’un cabinet, ce sont surtout ses conséquences concrètes sur le fonctionnement de Grand Besançon Métropole qui inquiètent certains élus. » C’est un filtre supplémentaire entre les élus communautaires et le président » souligne Anthony Poulin. Une évolution qui pourrait modifier les circuits de décision et éloigner davantage les élus des arbitrages de l’exécutif. Anthony Poulin craint ainsi un « éloignement du président qui se retrouverait dans une espèce de tour d’ivoire loin des élus« . L’élu d’opposition a également souligné le changement de statut pour les fonctionnaires participant au cabinet qui « sont au service du président dans des emplois fonctionnels. Concrètement, du jour au lendemain, s’ils ne sont pas d’accord avec les orientations politiques de l’exécutif, ils peuvent se retrouver à devoir quitter leur emploi.«
































