Vincent Laubert, paysan sans frontières

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Pourquoi ce voyage au Cameroun ?

D’abord parce que je suis adhérent depuis plusieurs années à Afdi (agriculteurs français et développement international) – Paysans Sans Frontières et aussi parce que je suis président aux Ecorces de la CUMA, c’est-à-dire la coopérative d’utilisation de matériel agricole qui nous permet d’acheter ensemble des engins couteux et de nous organiser pour les utiliser selon nos besoins. Et justement au Cameroun, un projet existe au niveau des producteurs de fèves de cacao donc j’ai été convié pour cela et aussi pour communiquer sur les nombreuses actions menées à l’échelle internationale par Afdi.

Qu’avez-vous expliqué sur place ?

Au départ, ce projet de coopérative dans le village de Nkonjock se heurte aux réticences des plus anciens producteurs qui doivent verser des parts sociales pour faire partie de la coopérative. Tous doivent aussi jouer collectif donc livrer toute leur production à la coopérative et pas ailleurs. C’est une façon nouvelle d’aborder le négoce et tout cela doit se structurer.

Les infrastructures ont aussi leur importance

Oui, par exemple, ils vont devoir construire des magasins pour stocker leurs marchandises à des endroits stratégiques. Ou encore acquérir leurs propres balances, certifiées justes pour ne pas se faire avoir quand ils vendent à des acheteurs de passage qui débarquent avec leur propre matériel…

Quel a été votre discours pour les convaincre ?

Je leur ai dit la même chose que je dis ici aux agriculteurs : ensemble on est plus fort. c’est en construisant sa coopérative que l’on acquière son indépendance. C’est valable aussi en ce qui concerne les fèves de cacao. Sur les 13 groupements possibles à l’échelle de la confédération nationale des producteurs de cacao du Cameroun, déjà 10 sont prêts à franchir le pas pour devenir des coopératives. C’est ce qui a fait notre force en Franche-Comté avec les CUMA comme avec les fruitières. Je dois aussi avouer que l’exemple des Ecorces a pesé : quand on explique que le système chez nous fonctionne depuis 58 ans, ça veut dire que c’est solide et qu’une telle longévité prouve que tous les adhérents s’y retrouvent ;

Votre voyage n’était pas que voué à l’agriculture ?

En effet, j’en ai profité à titre tout à fait personnel pour aller à la rencontre des écoliers de Nkonjock pour leur apporter une vingtaine de livres et deux ballons. Leur accueil a été très chaleureux et j’ai pu de mon côté apprécier à quel point l’éducation est importante pour le peuple camerounais.

Quels souvenirs garderez-vous de ce voyage ?

J’ai pu voir que là-bas, les habitants, même s’ils n’ont pas grand-chose, sont prêts à tout vous donner. Ils sont généreux et en plus accueillants. Ils ont toujours le sourire… alors qu’ici on a tout et on réussit encore à ne jamais être contents ! En rentrant en France, on voit donc les choses différemment…et il faut un certain temps à se réhabituer.

Si c’était à refaire ?

Déjà, on s’attache rapidement aux gens rencontrés. On a aussi envie que leurs projets réussissent donc je vais suivre ça à distance. Mais évidemment si Paysans Sans Frontières a besoin de moi pour une prochaine mission dans les années à venir j’y retournerai!

Le paysan du Haut-Doubs a parlé solidarité avec ses homologues camerounais.